Oueld jellaba, une histoire tunisienne

 03-12-2016    167   

Oueld jallaba dansait pour un public qui fuyait le vécu tragique, la misère et le chômage Mais qui est « Oueld Jellaba » ? Il était temps d’en savoir plus et de découvrir une fois pour toutes ce personnage, incarné par Rochdi Belgasmi, artiste tunisien désormais confirmé de la scène culturelle tunisienne. Oueld Jellaba, qui sillonne les espaces et les manifestations culturelles nationales et étrangères depuis juillet dernier attire et intrigue toujours autant. Un personnage qui sait faire planer le suspense jusqu’au bout ! Belgasmi était présent afin de lever le voile sur ce mystère, devant un parterre de spectateurs, venus le voir sur la petite scène de l’espace Agora, le 1er décembre. Dissimulé derrière un (vrai) voile au départ, le public pouvait à peine entrevoir ou deviner les agissements de Oueld Jellaba. Cette silhouette fine de jeune homme, torse nu, en train de se parer d’atours féminins variés, traditionnels, clinquants, brillants et bruyants, sur un fond sonore de musique traditionnelle et de voix-off puissante qui citait des noms anciens d’hommes. Le tout dans une pénombre, où on pouvait voir le personnage se déhancher. Un début, qui a pu paraître lent, mais c’était suffisant pour plonger les spectateurs dans l’univers de ce spectacle de danse qui allie simultanément danse et histoire de la Tunisie sous la colonisation, grâce à la (re)découverte des dates de batailles fatidiques qui se sont déroulées sur le sol tunisien. Rochdi Belgasmi esquisse son personnage comme suit : «Oueld Jellaba est un personnage phare du siècle dernier, qui a bel et bien existé dans les années 20. Il dansait pour une foule de spectateurs dans des cafés et des espaces prisés par les noctambules à l’époque. Il dansait pour un public qui fuyait le vécu tragique, la misère, le chômage et les désastres causés par les affrontements et la guerre. Une manière de s’évader, de s’adonner au divertissement, qui rappelle, actuellement, les agissements du peuple tunisien voulant constamment fuir une réalité pesante et les aléas d’une période post-révolutionnaire». Rochdi Belgasmi a joué sur l’interactivité pour clôturer un spectacle de danse globalement attrayant en jouant sur ce qu’il définit comme « l’invitation de l’assistance » qui consiste à entraîner les spectateurs sur la scène. Ce spectacle ressuscite Oueld Jellaba, une icône d’antan, qui est tombée dans les oubliettes… Une résurrection artistique qui a ses revers : le show joue sur le genre homme / femme qui fait de Oueld Jellaba un personnage hybride, qui déplaît et dérange une frange de la société. «C’est le prix à payer au nom de l’art», conclut Belgasmi sur une note d’optimisme.

 Haithem Haouel